Avec son aptitude à donner aux plus simples travaux de la campagne une "grandeur biblique", par ses origines, comme par l’univers de son œuvre, Jean-François Millet, fils de paysan du Cotentin, fait figure de personnalité à part dans l’histoire de l’art. On fête cette année le 200e anniversaire de sa naissance, le 4 octobre 1814. Après avoir étudié la peinture à Cherbourg puis chez Delaroche à Paris, pour vivre, Jean-François Millet brosse des scènes de genre dans le goût du XVIIIe siècle. Mais vers 1846, ses souvenirs d’enfance, de sa vie au village natal, modifient radicalement sa conception de la peinture. Il abandonne les thèmes pastoraux pour son univers d’origine : la condition humaine à la campagne. S’attachant à montrer le paysan au travail, il met au point les éléments d’un style dont le Vanneur (musée d’Orsay), exposé au Salon de 1848, remarqué par Théophile Gautier, constitue le prototype. Avec le Semeur (musée de Boston), premier grand succès de Millet, la critique souligne l’aptitude de l’artiste à "donner aux plus simples travaux de la campagne une grandeur biblique". Installé en 1849 à Barbizon, auprès de son ami Théodore Rousseau, dans une chaumière qu’il ne quittera plus, il peint les Botteleurs (1850), les Glaneuses (1857), le célèbre Angélus (1857-1859), maintes fois commenté et critiqué. Succès populaire, mais aussi gouvernemental, Gambetta y verra, en 1873, l’affirmation pour la peinture d’un "rôle moralisateur et éducateur". Dans les dernières années de sa vie, allégeant sa palette, Millet produit des paysages comme le Hameau-Cousin (1871, Reims) et le Printemps (1873, musée d’Orsay), où perce déjà la lumière impressionniste.